Jiddu Krishnamurti – À la fin de la douleur est la passion.
Posté le: 7 novembre 2009
Posté dans: A l'affiche, Philosophie spritualié et pensée, Toutes les Videos
Description de la vidéo :
Pour la première fois traduit en Français. Explorez avec Jiddu Krishnamurti, vos propres pensées et vos propres comportements face à la mort.Jiddu Krishnamurti (1895-1986) naquit en Inde et fut pris en charge à l’âge de treize ans par la Société théosophique, qui voyait en lui « l’Instructeur du monde » dont elle avait proclamé la venue. Très vite Krishnamurti apparut comme un penseur de grande envergure, intransigeant et inclassable, dont les causeries et les écrits ne relevaient d’aucune religion spécifique, n’appartenaient ni à l’Orient ni à l’Occident, mais s’adressaient au monde entier. Répudiant avec fermeté cette image messianique, il prononça à grand fracas en 1929 la dissolution de la vaste organisation nantie qui s’était constituée autour de sa personne ; il déclara alors que la vérité était « un pays sans chemin », dont l’accès ne passait par aucune religion, aucune philosophie ni aucune secte établies.
Tout le reste de sa vie, Krishnamurti rejeta obstinément le statut de gourou que certains voulaient lui faire endosser. Il ne cessa d’attirer un large public dans le monde entier, mais sans revendiquer la moindre autorité ni accepter aucun disciple, s’adressant toujours à ses auditeurs de personne à personne. A la base de son enseignement était la conviction que les mutations fondamentales de la société ne peuvent aboutir qu’au prix d’une transformation de la conscience individuelle. L’accent était mis sans relâche sur la nécessité de la connaissance de soi, et sur la compréhension des influences limitatives et séparatrices du conditionnement religieux et nationaliste. Krishnamurti insista toujours sur l’impérative nécessité de cette ouverture, de ce « vaste espace dans le cerveau où est une énergie inimaginable ». C’était là semble-t-il, la source de sa propre créativité, et aussi la clé de son impact charismatique sur un public des plus variés.
Krishnamurti poursuivit ses causeries dans le monde entier jusqu’à sa mort à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Ses entretiens et dialogues, son journal et ses lettres ont été rassemblés en plus de soixante volumes.
Quelques citations Krishnamurti autour du thème de cette conférence :
L’immortalité existe-t-elle ?
Ce qui n’est pas mortel ne connaît pas la mort. L’immortel demeure, au-delà du temps, complètement inconscient d’une telle fin. Le moi est-il immortel, ou connaît-il une fin ? Le moi ne peut devenir immortel. Le je et tous ses attributs se constituent dans le temps, qui est la pensée ; jamais il ne sera immortel. On peut bien inventer une idée de l’immortalité, une image, un dieu, une représentation, et y tenir pour y trouver du réconfort, mais là n’est pas l’immortalité.
Est-il possible de vivre avec la mort ?
Est-il possible de vivre avec la mort ? Non pas avec morbidité, ni de façon auto destructrice. Pourquoi avons-nous séparé la vie de la mort ? La mort fait partie de notre existence. Le vivant et le mourant sont inséparables et se suivent inexorablement. Pourquoi séparer l’envie, la colère, la tristesse, la solitude et le plaisir que nous éprouvons, de ce qu’on appelle la mort ? Pourquoi les gardons-nous à des miles de distance, des années-lumière les uns des autres ? Nous acceptons la mort d’un vieil homme, qui est naturelle. Mais si quelqu’un de jeune meurt dans un accident, ou atteint d’une maladie, nous nous révoltons contre la mort. Nous disons que c’est injuste, que cela ne devrait pas être. Voilà ce qu’il nous faut examiner, non pas comme un problème, mais en cherchant et en observant les implications, et sans se faire d’illusions.
Se pose aussi la question du temps – le temps qu’il faut pour vivre, pour apprendre, pour amasser, pour agir, pour faire quelque chose, et puis la fin du temps connu – le temps qui sépare le vivre du finir. Dès qu’il y a séparation, division, entre « ici » et « là », entre ce qui est« et »ce qui devrait être », cela implique le temps. il me semble significatif que nous maintenions la division entre cette prétendue mort et ce que nous appelons la vie. C’est à mes yeux un facteur décisif. La peur surgit lorsqu’il y a une telle séparation. On fait alors un effort pour surmonter cette peur, en recherchant le confort, la satisfaction, un sentiment de continuité. (Il s’agit ici bien sûr du domaine psychologique et non pas de la réalité physique ou technique.) Le moi s’est constitué dans le temps, et il est maintenu par la pensée.
Si seulement nous pouvions nous rendre compte de ce que signifient, sur le plan psychologique, le temps et la division, la séparation des hommes, des races, des cultures, opposés les uns aux autres. Cette séparation provient aussi de la pensée et du temps, comme la division entre vie et mort. Vivre avec la mort dans la vie impliquerait un profond changement dans notre conception de l’existence. Mettre fin à l’attachement sans limite, sans motif, et sans faire intervenir le temps, c’est mourir alors qu’on est encore en vie.
Comme on enseigne aux enfants les mathématiques, l’écriture, la lecture et tout ce qui a trait à l’acquisition du savoir, il faudrait aussi leur apprendre la grande dignité de la mort.
Un jour que nous marchions le long d’un chemin, nous avons entendu derrière nous une psalmodie mélodieuse, rythmée, empreinte de la force immémoriale du sanskrit. Nous étant arrêtés, nous avons vu le fils aîné, nu jusqu’à la taille, qui portait un récipient de terre cuite dans lequel brûlait un feu. Derrière lui venaient deux hommes portant son père mort, dont le corps était recouvert d’un linceul blanc. Tous marchaient en psalmodiant et, comme nous connaissions ce chant, nous avons failli nous joindre à eux. Comme ils nous dépassaient, nous les avons suivis quand ils ont descendu la route, toujours psalmodiant. Le fils aîné pleurait. Ils ont porté le père jusqu’au rivage où ils avaient déjà amassé un grand tas de bois. Ayant posé le corps au sommet de ce tas, ils y ont mis le feu. Tout était si naturel, si extraordinairement simple. Point de fleurs, de corbillard, point de voiture attelée de chevaux noirs. Tout cela se déroulait dans un grand calme, dans une parfaite dignité. Et devant cette feuille surgissaient à l’esprit les milliers de feuilles de l’arbre. L’hiver l’avait conduite de sa branche-mère jusqu’à ce chemin où elle se dessécherait complètement, se fanerait pour disparaître, emportée par les vents, perdue pour toujours.
Comme on enseigne aux enfants les mathématiques, l’écriture, la lecture et tout ce qui a trait à l’acquisition du savoir, il faudrait aussi leur apprendre la grande dignité de la mort. Elle n’est pas une chose morbide et douloureuse à laquelle nous sommes confrontés un jour ou l’autre, mais fait partie de la vie de chaque jour – comme le regard que l’on porte sur le ciel bleu ou la sauterelle posée sur une feuille. Elle fait partie de l’apprentissage de la vie, comme la poussée des dents et les maladies infantiles avec leurs fièvres. Les enfants sont doués d’une extraordinaire curiosité.
L’enfant, avec sa curiosité, peut être amené à comprendre que la mort n’est pas seulement l’usure du corps par l’âge, la maladie, ou quelque accident inattendu, mais que la fin de chaque jour est aussi la fin de soi-même.
Si vous comprenez la nature de la mort, vous n’aurez pas à indiquer que tout meurt, que la poussière retourne à la poussière, mais, sans aucune peur, vous leur expliquerez doucement la mort. Vous leur ferez sentir que vivre et mourir ne font qu’un, ne sont qu’un seul mouvement qui ne commence pas à la fin de la vie après cinquante, soixante ou quatre-vingt-dix ans, mais que la mort est comme cette feuille. Voyez les hommes et les femmes âgés, comme ils sont décrépits, perdus, malheureux, comme ils sont laids. Serait-ce qu’ils n’ont pas compris ce que signifie vivre ou mourir ? Ils ont utilisé la vie, s’en sont servis, l’ont gaspillée dans le conflit sans fin qui ne fait qu’exercer et fortifier la personne, le moi, l’ego. Nous passons nos jours en conflits et malheurs de toutes sortes, parsemés d’un peu de joie et de plaisir, mangeant, buvant, fumant, dans les veilles et le travail incessant. Et, à la fin de notre vie, nous nous trouvons face à cette chose qu’on appelle la mort et dont on a peur. Et l’on pense qu’elle pourra toujours être comprise et ressentie en profondeur.
L’enfant, avec sa curiosité, peut être amené à comprendre que la mort n’est pas seulement l’usure du corps par l’âge, la maladie, ou quelque accident inattendu, mais que la fin de chaque jour est aussi la fin de soi-même. Il n’y a pas de résurrection, c’est là une superstition, une croyance dogmatique. Tout ce qui existe sur terre, sur cette merveilleuse terre, vit, meurt, prend forme, puis se fane et disparaît. Il faut de l’intelligence pour saisir tout ce mouvement de la vie, et ce n’est pas l’intelligence de la pensée, des livres ou du savoir, mais l’intelligence de l’amour, de la compassion avec sa sensibilité. Nous sommes tout à fait certains que si l’éducateur comprend la signification de la mort et sa dignité, l’extraordinaire simplicité de mourir – s’il la comprend, non pas intellectuellement mais en profondeur – il parviendra alors à faire saisir à l’étudiant ou à l’enfant que mourir, finir, n’a pas à être évité car cela fait partie de notre vie entière. Ainsi, quand l’étudiant ou l’enfant grandira, il n’aura jamais peur de sa fin. Si tous les humains qui nous ont précédés, de génération en génération, vivaient encore sur cette terre, ce serait terrible.
Nous aimerions, dans l’éducation, donner à la mort une certaine réalité factuelle
<> nous voudrions aider – non, ce n’est pas le mot juste – nous aimerions, dans l’éducation, donner à la mort une certaine réalité factuelle, non pas la mort d’un autre, mais la nôtre. Jeunes ou vieux, nous devrons inévitablement lui faire face. Ce n’est pas une chose triste, faite de larmes, de solitude, de séparation. Nous tuons si facilement, non seulement les animaux destinés à notre alimentation, mais encore ceux que nous massacrons inutilement, par divertissement – on appelle cela un sport. Tuer un cerf, parce que c’est la saison, équivaut à tuer son voisin. On tue les animaux parce que l’on a perdu contact avec la nature, avec les créatures qui vivent sur cette terre. On tue à la guerre au nom de tant d’idéologies romantiques, nationalistes ou politiques. Nous avons tué des hommes au nom de Dieu. La violence et la tuerie vont de pair. Et devant cette feuille morte dans toute sa beauté, sa couleur, peut-être pourrions-nous être conscients au plus profond de nous-mêmes, saisir ce que doit être notre propre mort, non pas à la fin ultime, mais au tout début de notre vie.
La mort n’est pas une chose horrible, une chose à éviter, à différer, mais plutôt une compagne de chaque jour. De cette perception naît alors un sens extraordinaire de l’immensité.


22 novembre 2009 à 13 h 34 min
Je suis ravie de voir l’évolution de ton site, et également que la traduction soit finalisée. Bonne continuation !Amicalement